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Entrevue avec le Dr Horacio Arruda : « La santé en entreprise n’est pas une dépense mais un réel investissement ! »

Extrait de l'entrevue du Dr Horacio Arruda, par Margaux Ruelle

Malgré le tumulte causé ces dernières semaines par la pandémie de la COVID-19, le directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions à propos de sa vision et de ses objectifs liés à la santé globale en milieu de travail. Voici en exclusivité un extrait de cette rencontre. 

Mario Messier : Docteur Arruda, on sait que dans les milieux de travail, la performance et les résultats sont souvent à l’avant plan. Comment la bienveillance peut-elle s’exprimer dans un contexte comme celui-là? 

Horacio Arruda : Pour moi, notre force à l’heure actuelle, ce sont nos ressources humaines. Nous avons bien sûr des ressources naturelles mais que ce soit en milieu de travail ou ailleurs, il faut prendre soin de nos ressources humaines. Il faut les garder en santé si l’on veut que ce capital humain là, qui est un capital nécessaire à l’économie aussi, performe bien. Et mieux encore si l’on prend en compte chacune de leur personne. […] Notre société est en complète mutation, la vie familiale est différente… Toute action que l’on fait pour concilier la vie familiale et le travail, toute action qui est faite pour permettre aux individus de rester en santé, à la fois physique et mentale, est pour moi un investissement et non une dépense.

M.M : La norme Entreprise en santé, qui est une réalisation du Groupe entreprises en santé, vient d’être révisée. Vous avez d’ailleurs signé une lettre d’introduction pour notre manuel d’accompagnement. Selon vous, quel est le rôle d’une norme comme celle-ci? 

H.A : Je pense qu’il faut la voir comme un instrument de travail. Moi, je la vois comme un standard. Ça peut notamment permettre aux gestionnaires de s’y comparer et, pourquoi pas, de vouloir se dépasser. De mon point de vue, ce n’est pas une finalité en soi. […] Je pense qu’il faut avoir une certaine souplesse par rapport à son application, selon le type d’organisation. Il faut la voir comme quelque chose de motivant, qui peut nous amener vers un changement, tout en essayant d’obtenir le maximum. Ce qui est important, c’est d’être en action ! 

M.M : Jusqu’où peut aller le rôle des employeurs pour encourager la promotion de la santé globale des employés? 

H.A : Selon moi, les employeurs ont toujours eu un rôle important. Comme je vous l’ai dit en début d’entrevue, le capital humain est notre force. Avec le manque de ressources, les gens vont s’arracher les ressources humaines. Plus l’entreprise va prendre en compte des choses qu’on n’aurait jamais osé demander à notre époque (parce que ça ne se faisait pas – alors que maintenant, les jeunes demandent des conditions qui répondent à des façons de vivre qui sont un peu différentes), mieux ce sera !

Aujourd’hui, si un employeur avec un taux d’absentéisme associé à des problèmes de santé mentale ne s’implique pas, ça va lui coûter cher ! C’est un investissement, il faut prendre soin de ce qui est notre richesse ! Il ne faut pas la dilapider, il faut bien la traiter parce que c’est ce capital humain qui va nous aider. […] Ils avaient un rôle essentiel avant, mais le rôle qu’ils ont aujourd’hui est encore plus important.

M.M : Au-delà de la COVID-19, quelles sont pour vous les priorités de la santé publique en lien avec les milieux de travail?

H.A : Au-delà de ce qu’on fait en lien avec la protection des individus face aux agents physiques, chimiques, etc. pour moi, une des priorités est véritablement d’avoir un environnement où l’on permet aux travailleurs et à l’entrepreneur de travailler main dans la main, si vous me permettez l’expression. […] 

L’autre élément important, selon moi, c’est d’offrir des conditions de travail où les gens peuvent se maintenir en santé, où ils ont accès à des zones pour du sport, etc. Il y a plein d’approches, que d’autres experts connaissent mieux que moi, qui permettent de faire du milieu de travail un endroit où à la fois on réalise une production de travail mais où on le fait dans un contexte et un environnement favorable à la santé. 

Sans oublier bien entendu d’appliquer des mesures de gestion comme la reconnaissance, de donner aux gens le maximum de responsabilités possibles, d’utiliser les collègues de travail comme des agents protecteurs dans certaines situations… Je pense qu’on ne peut plus dissocier la vie personnelle et sociale du travail, c’est comme un tout maintenant.

M.M : Avez-vous un bon coup ou une initiative de votre équipe dans votre milieu de travail dont vous êtes fier? 

H.A : Oui. Je me rappelle, quand je suis arrivé au Ministère, il n’y avait pas d’accès à des douches. Faire de l’exercice après le dîner, ou après la journée, c’était un véritable défi.

À travers la norme « Entreprises en santé » dans laquelle le Ministère de la santé est devenu élite, ça devenait quasiment inconcevable qu’on n’ait pas ce genre d’éléments-là. Ça a l’air mineur mais aujourd’hui, on n’envisage plus de déménager et d’aller dans un endroit où les employés ne pourraient pas faire de l’exercice physique sur leur lieu de travail. 

Il y en a bien d’autres initiatives, notamment des conférences que l’on donne pour le stress et la santé mentale. Aussi, quand quelqu’un ne va pas très bien dans mon équipe, rapidement il se crée un réseau social de bienveillance pour ne pas l’abandonner. Et ça, pour moi, c’est le signe d’une équipe en santé ! […]

Pour revoir l’entrevue dans son intégralité, voici le lien : https://bit.ly/33ir2dK.

 

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