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Quelles perspectives pour le travail hybride en 2023 ?

Selon un sondage réalisé par la Chambre du Commerce du Montréal métropolitain, dans le cadre de sa série Retour dans les tours, on observe que les travailleurs sont de plus en plus nombreux à adopter un mode de travail hybride, et que la formule de télétravail à temps complet est moins utilisée aujourd'hui. Parmi les travailleurs qui fréquentaient leurs bureaux cet automne, 53% le font au moins un jour par semaine, contre 42% en mars dernier et 28% à pareille date l’an dernier1.

Depuis lors, il semblerait que la tendance du travail hybride se confirme. Au fil des mois, les employé-e-s et employeurs ont découvert les avantages de ce modèle de travail, comme la flexibilité d’horaires, l'amélioration de l'équilibre travail/vie personnelle ou encore la réduction des coûts de déplacements. Selon une enquête sur la population active réalisée par Statistique Canada en février 2021, 41% ont indiqué qu'ils préféreraient travailler, une fois la pandémie terminée, environ la moitié de leurs heures à la maison et l'autre moitié ailleurs, tandis que 39 % préféreraient travailler la plupart (24 %) ou la totalité (15 %) de leurs heures à la maison. Les 20 % qui restent ont déclaré qu’ils préféreraient travailler la plupart (11 %) ou la totalité (9 %) de leurs heures à l’extérieur de la maison2.

Néanmoins, si les chiffres parlent d’eux-mêmes, les défis organisationnels que ce nouveau modèle entraîne ne sont pas à négliger. En effet, la communication, la collaboration et la culture d'entreprise font, entre autres, partie des nombreux enjeux récemment observés.  

Afin de mieux identifier mais aussi de mieux comprendre les différentes questions et enjeux que ce nouveau modèle soulève, tant du côté employeur que du côté employé-e, nous vous proposons un tour d’horizon avec trois organisations dont nous suivons de près les pratiques en santé et mieux-être au travail (SMET). Voici donc quelques éléments de réponses autour du modèle de travail hybride et de son évolution en 2023, avec Stéphanie Ménard de Tootelo Innovation, Mathieu Simard de Lassonde et Huguette Dupont du Cégep de Granby. 

Le maître mot

Stéphanie Ménard, Dt.P. Nutritionniste / Coordonnatrice cercle Mieux-être et UX Designer chez Tootelo, évoque la méthode tootelienne avec beaucoup d’enthousiasme mais aussi une légère inquiétude : « Chez Tootelo, la flexibilité, c'est une valeur fondamentale. On se voyait mal imposer un retour au bureau, imposer des journées obligatoires au bureau, donc nos leaders n’ont rien imposé. Aujourd’hui, nous faisons tous ce qu’on appelle ici le "flexitravail". Ce n’est pas du 100% télétravail, ce n'est pas non plus un retour au bureau obligatoire. Dans la notion de "flexitravail", toutes les combinaisons sont bonnes selon les désirs de chacun. Qu'est-ce que ça donne dans la vie de tous les jours ? Ça donne un retour au bureau très, très, très timide ».

L’organisation a consulté régulièrement ses employés sur leur santé et leur bien-être. Malgré un retour au bureau très progressif et certaines craintes face au déploiement de ce nouveau mode de travail, Stéphanie Ménard souligne que tous les indicateurs de Tootelo sont au vert ! « Il y a quelques mois, nous avions des craintes quant au sentiment d'appartenance, à l’intégration des nouvelles ressources, à notre intelligence collective et à l'isolement social aussi. Mais finalement, force est de constater aujourd'hui que, excepté quelques départements plus problématiques que d’autres (ex : les agents d’appels), rien de tout ça ne s’est produit et les gens vont bien ».

Pour 2023, quelques réflexions subsistent chez Tootelo, notamment sur l’avenir des bureaux physiques. Malgré une volonté certaine de garder la flexibilité comme maître mot dans son fonctionnement organisationnel, Tootelo s’efforce de suivre attentivement les changements qui s’opèrent dans le monde du travail et demeure en constante adaptation. 

Les défis

Du côté de Lassonde, Matthieu Simard, directeur des ressources humaines, explique à son tour la mise en place d’un modèle de travail plus flexible, intitulé Hybride-flex, qui permet aux employé-e-s de choisir l’environnement de travail qui convient le mieux à leurs besoins et à leur style de travail. Cependant, il nous fait part d’un facteur préoccupant pour lui : « Je trouve qu’avec le travail flexible, et particulièrement avec le télétravail, il est plus difficile de collaborer, surtout quand on est dans un contexte plus tendu comme les crises ou des situations plus difficiles à gérer. C'est, selon moi, beaucoup plus facile quand on fait ça en personne ». 

Il se questionne également sur l’aménagement des bureaux de Lassonde : « Puisque nous avons actuellement des bureaux au Canada et aux États-Unis qui ne sont pas tous au même niveau d’évolution, nous sommes en train de réfléchir à ceux qui nécessitent d’être rénovés pour inciter les gens à revenir au travail. Ce qu'on espère avec ce projet de rénovation, c'est que les gens aient le goût de venir travailler en maximisant les espaces de collaboration, les espaces ouverts pour travailler en équipe, et en mélangeant des salles de réunion et des bureaux fermés pour ceux qui ont besoin d’espaces privés dans le cadre de conversations confidentielles par exemple. (…) Nous voulons vraiment offrir un environnement de travail qui va démontrer toute la flexibilité que nous avons déjà mise de l'avant jusqu’à présent ».

 

La différence de réalités 

Au Cégep de Granby, le contexte est un peu différent puisqu’il faut composer avec la réalité des étudiants ainsi que celle des employé-e-s. De toute évidence, les besoins ne sont pas les mêmes, ce qui complique davantage l’adoption d’un modèle de travail uniforme au sein de l’organisation. Si le modèle de travail hybride demande de nombreux ajustements au Cégep, Huguette Dupont, directrice des technologies de l’information, nous fait part d’une certaine problématique quant aux perceptions, à l'équité et à l'organisation du travail. « Il y a une espèce de magasinage des postes de la part des employé-e-s parce que, d'un service à l'autre, les règles ne sont pas les mêmes quant à l’accès ou non au télétravail. Ça, nous n’avions pas réalisé que ça pouvait arriver et c'est un autre enjeu qui s'est ajouté dans la liste. »

Parmi les différents enjeux du modèle de travail hybride, elle se questionne elle aussi sur le futur des établissements, surtout depuis que le Cégep manque d’espace après avoir agrandi considérablement le nombre d’employé-e-s dans ses équipes. Comme elle l’indique : « Le contexte du télétravail vient influencer notre façon d’imaginer comment construire nos nouveaux espaces de travail et notre environnement d'études. (…) Comment s'assurer que, quand les gens viennent, ils viennent vraiment pour profiter du présentiel, profiter de la relation au sein d’espaces collaboratifs, (…) dans un endroit qui leur permet d’avoir accès à une multitude de lieux qui ont différentes caractéristiques. » Elle ajoute : « Moi, je vois ça comme une vraie transition, et je pense que c'est pour le mieux. »

 

Le futur du bureau

Force est de constater qu’à l’heure de l’hybridité du travail, la question du bureau physique se pose de plus en plus et, ce, quel que soit le secteur d’activité des organisations. Pour Flore Pradère, Directrice de Recherche & Prospective Bureaux chez JLL, citée en juin 2022 dans un article rédigé par Fabienne Boucaret sur My Happy Job, « le déploiement du travail hybride confère au bureau un rôle crucial – mais sensiblement différent de celui qu’il jouait traditionnellement. Le bureau doit devenir une destination accueillante et inclusive, où chaque collaborateur peut trouver un soutien, une reconnaissance de ses pairs et nourrir un sentiment d’appartenance. Il doit devenir le point d’ancrage d’une organisation qui favorise les réalisations communes, tout en permettant l’épanouissement individuel et l’adoption de styles de travail variés. L’hybride crée un moment charnière de l’histoire du travail où les employeurs ont l’opportunité de redéfinir notre façon de travailler et de socialiser. Cependant, son succès sur le long terme nécessitera de repenser en profondeur le rôle du bureau (…) ». 

En bref 

En conclusion, le modèle du travail hybride continuera, cette année encore, de faire parler de lui au sein des organisations. Comme le souligne Nicolas Roy, chef de la direction d’EPSI, dans un entretien accordé en mars 2022 à Henkel Media : « Maintenant que l’employé a démontré qu’il est efficace en télétravail, il faut lui permettre le choix du modèle qui lui convient. (…) Pour certaines personnes, toutefois, le mode présentiel s’avère la meilleure option. (…) Un seul modèle ne peut subvenir aux besoins de millions de travailleurs. La flexibilité radicale doit primer en entreprise. La main-d’œuvre sera ainsi plus heureuse et donc plus engagée. »

En 2023, les perspectives du modèle de travail hybride dans les organisations seront… encore en évolution ! La clé d’une saine performance organisationnelle résidera sans aucun doute dans la quête d’un certain équilibre entre le travail à distance et le travail en présentiel, selon les secteurs. De plus, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre tel que nous le connaissons aujourd’hui, garantir une expérience de travail flexible aux employé-e-s d’une organisation sera indispensable, surtout pour garder ses meilleurs talents.

 


Sources - statistiques : 

1Sondage sur l’achalandage au centre-ville et la réorganisation du travail des entreprises.pdf (Chambre du Commerce du Montréal métropolitain, 2022) 

2Travail à domicile : Productivité et préférences.pdf (Statistiques Canada, 2021)

Articles ressources :

Cyr Jean-François. 2022. « Télétravail : "La flexibilité radicale doit primer" ». Henkel Media, 3 mars 2022. https://henkelmedia.com/revolution-du-teletravail-la-flexibilite-radicale-doit-primer/ 

Boucaret Fabienne. 2022. « Travail hybride : “On atteint un point d’équilibre entre les attentes des salariés et leur vécu au quotidien” ». My Happy job, 29 juin 2022. https://www.myhappyjob.fr/travail-hybride-on-atteint-un-point-dequilibre-entre-les-attentes-des-salaries-et-leur-vecu-au-quotidien/

Liste non-exhaustive de ressources supplémentaires sur le modèle de travail hybride : 

- En 2023, le bureau sera hybride ou ne sera pas

- Le travail hybride poursuit son envolée en 2023 

Le milieu de travail en évolution : travail hybride, à distance et en personne

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